ATA Magazine

L’éducation francophone en Alberta

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Avant de venir vivre en Alberta, je ne savais pas qu’il y avait des défis considérables du fait francophone. Née au Cameroun et ayant vécu en France, cette problématique ne se posait pas pour moi. Être une enseignante francophone en Alberta, c’est comme faire pousser un baobab dans le sable : il faut de la patience et une foi profonde dans ses racines.  

Au quotidien, j’accomplis de petits gestes qui me permettent de contribuer à faire vivre le français en classe et à l’école : parler en français, valoriser les façons de s’exprimer des élèves, présenter des modèles inspirants francophones, diffuser de la musique francophone en fond sonore et célébrer les évènements francophones. Ces actions demandent de l’énergie, de la passion et de la créativité. Ma vie en tant qu’enseignante francophone en Alberta est une expérience enrichissante. 

Au cours de l’année scolaire, je travaille avec les élèves à travers ces petits gestes, et progressivement, ils reprennent confiance en eux. Ce que je trouve gratifiant, c’est de voir les élèves dont le français est absent à la maison s’approprier leur identité francophone, surtout lorsqu’ils reçoivent chez eux quelqu’un qui parle français. Un élève est venu me voir, tout joyeux et fier : « Madame, on a reçu les amis de mes parents cette fin de semaine. J’ai parlé français avec leur garçon parce qu’il ne comprend pas bien l’anglais ». J’ai ressenti une grande fierté. C’est dans ces moments que je réalise que mes petits gestes vont au-delà de notre communauté scolaire.

[C]’est comme faire pousser un baobab dans le sable : il faut de la patience et une foi profonde dans ses racines.

Mon travail en tant qu’enseignante en milieu minori­taire, bien qu’enrichissant, présente de nombreux défis : le manque cruel de ressources pédagogiques en français adaptées à notre contexte, l’insuffisance de structures et de financement pour les activités francophones, et parfois la solitude professionnelle lorsqu’on est le seul membre du personnel francophone dans une école majoritairement anglophone. Je dois souvent encourager les parents à maintenir le français à la maison et les inviter à inscrire leurs enfants aux activités francophones. 

Une fois installée en Alberta, j’ai découvert que la francophonie était un enjeu politique et linguistique. Il ne s’agissait pas seulement d’une question de langue, mais surtout d’identité et de droits. L’éducation francophone permet aux jeunes de se reconnaitre dans une culture et de comprendre qu’ils font partie intégrante de l’histoire du Canada. Elle leur offre la possibilité d’être bilingue. C’est là que se trouve, pour moi, l’importance même de l’éducation francophone en milieu minoritaire ainsi que la motivation pour y contribuer à travers l’enseignement. 

Un élève me disait qu’il n’aime pas parler français. Je lui ai souvent expliqué les avantages d’une éducation en français. Je ne me suis pas découragée. Nous avons travaillé ensemble, et j’ai découvert qu’il appréciait mon cours d’ali­mentation où nous préparions des pâtisseries françaises en écoutant de la musique francophone. Ses parents ont décidé de visiter la France. Ne parlant pas français, ils comp­taient sur leur enfant. Une fois en France, l’élève s’est rendu compte de l’importance de maitriser la langue du pays. Il est devenu le traducteur de ses parents. À leur retour, il est venu me voir : « Madame, j’ai parlé français pendant tout mon voyage. C’était vraiment bien. Mes parents ne comprenaient pas, et c’est moi qui traduisais ». Il en était fier.  

Ce jour-là, j’ai compris que l’éducation francophone venait de semer une graine dans le parcours de cet élève et que, même en milieu majoritairement anglophone, la culture francophone peut résister et permettre de préserver son identité si elle est portée avec patience, fierté et résilience.